HISTOIRE DE L'ENSEIGNEMENT
Enseignement : étude de lévolution des théories, des méthodes et des systèmes propres à assurer la transmission des connaissances de manière structurée.
Tout au long de lhistoire, les sociétés ont mis en uvre différents moyens pour assurer léducation de leurs membres et pour favoriser le passage dun certain nombre de valeurs culturelles entre générations ; la connaissance des méthodes denseignements et de leurs priorités révèle en fait les préoccupations profondes des sociétés humaines.
Confucius et ses élèves
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En Chine, sous linfluence des philosophes Lao-tseu et Confucius, un large accès à léducation fut favorisé. Souvent appelé le «premier éducateur», Confucius, que de nombreuses estampes représentent entouré par ses élèves, fut lun des premiers penseurs à articuler la relation entre la réflexion individuelle et le savoir apporté par lenseignant, faisant valoir qu«apprendre sans réfléchir est peine perdue [et que] réfléchir sans apprendre est dangereux». Confucius insista sur létude de lhistoire, car il pensait y trouver la connaissance de lordre naturel quil faut suivre pour mener une existence harmonieuse. |
En Inde, sous limpulsion du Bouddha, des jingshi, ou professeurs, se rendirent de ville en ville pour psalmodier les chants sacrés, les sutra. Ces maîtres étaient accompagnés dun fujiangshi ou répétiteur quils avaient formé, et dont la tâche consistait à traduire et à expliquer dans le dialecte local les paroles des sutra chantés par le maître. Le bouddhisme inventa ainsi une forme denseignement accessible à tous.
Cependant, en Chine comme en Inde ou en Égypte, seul un très petit nombre délèves accédait à la classe des lettrés. Lacquisition des écritures idéographiques ou sacrées supposait, en partie au moins, celle des connaissances quelles désignaient, si bien que la maîtrise des connaissances fondamentales devait, sinon précéder, au moins accompagner lapprentissage de la lecture.
Enseignement en Grèce et à Rome Adopté en Grèce à partir du VIIIe siècle av. J.-C., lalphabet phonétique dorigine phénicienne détermina linstitution dun nouveau type denseignement, ouvert au plus grand nombre. Dans les écoles, les professeurs enseignèrent la lecture et lécriture selon une méthode qui devait demeurer inchangée au moins jusquau XIXe siècle. Elle consistait à travailler dabord la mémorisation de lalphabet, puis la combinaison des syllabes simples, pour aboutir au déchiffrement des mots et enfin à la lecture des textes. Cette méthode se retrouve dans les pratiques scolaires du début du XXe siècle, avec ce que lon appelait lapprentissage du «b» «a» «ba». Lévolution de lenseignement se fit en Grèce antique par lintroduction du «pédagogue». À lorigine, on nommait ainsi lesclave chargé daccompagner les enfants à lécole. Cet esclave fut chargé denseigner à lenfant, notamment par la pratique des sports, à devenir un kalos kagathos, un homme «beau et courageux». Les sophistes et, sous linfluence de Socrate, les philosophes, poursuivirent dans cette voie en développant les qualités de raisonnement et dexpression des adolescents, afin de parfaire leur formation de citoyen. En fondant son «académie», Platon fit inscrire sur le fronton de lédifice «Que nul nentre ici, sil nest géomètre». Après lapprentissage élémentaire de la lecture et de lécriture, lélève devait en effet acquérir les sciences des nombres, puis développer, par létude de la rhétorique, ses facultés dexpression et de persuasion. Les plus doués achevaient leur apprentissage par celui du raisonnement «dialectique», cest-à-dire par létude de la philosophie. Chaque branche du savoir était étudiée séparément, et pouvait faire lobjet de recherches poussées. Lun des élèves de Platon, Isocrate, fonda ainsi une école spécialisée dans la rhétorique, où lon apprenait à organiser son discours de lexorde à la péroraison , à varier les genres humble, tempéré, sublime , à maîtriser les figures de style et le rythme de la phrase. Aristote contribua à préciser les limites de chaque discipline en rédigeant, pour le «lycée» quil avait fondé, une série de livres traitant, en détail et selon un ordre réfléchi, des différentes matières quil fallait enseigner. Il sépara ainsi la logique de la géométrie, létude du vivant de la physique et affirma lautonomie de ce qui ne relevait que de la philosophie, et que ses successeurs nommèrent «métaphysique». Deux autres écoles philosophiques eurent une influence déterminante sur lévolution de la pensée, le «Jardin» dÉpicure et le «Portique» des stoïciens Zénon et Chrysippe. À Rome, après une période de fidélité scrupuleuse aux vieilles traditions religieuses et culturelles, la pédagogie grecque se répandit à linstigation de Scipion Émilien. Les Grecs devinrent les maîtres de la jeunesse romaine à laquelle ils enseignaient grammaire et rhétorique pour quils parviennent à maîtriser lart oratoire. Les Romains instaurèrent des écoles sur tout lEmpire. Ils fixèrent dabord lenseignement de la lecture et de lécriture assuré par un primus magister, qui sadressait aux enfants à partir de lâge de sept ans; puis un second stade denseignement, assuré par le grammaticus, qui portait sur la grammaire, les connaissances générales et sadressait aux enfants à partir de onze ans; enfin un troisième niveau, sous la direction du «rhéteur», dans lequel les adolescents les plus brillants pouvaient apprendre lart oratoire et les éléments du droit. Le prestige des anciens maîtres grecs eut dans le monde romain un effet pervers, dénoncé notamment par Sénèque, dans la mesure où il changea progressivement la «dialectique» philosophique en un «commentaire» des auteurs anciens et fit des écoles romaines des institutions davantage tournées vers la conservation du savoir que vers une réflexion novatrice.![]() |
Lenseignement du Coran joua un rôle comparable dans le développement de la civilisation musulmane. Lenfant devait apprendre à lire et à écrire (le terme décole coranique, al-kuttab, est dérivé de la racine arabe «KTB» qui signifie «écrire») afin de pouvoir accéder à la révélation du Coran. Par cet apprentissage, il sélevait au-dessus des contingences naturelles. Un étudiant, littéralement «celui qui cherche», al-talib, nétait pas simplement un individu accumulant les savoirs, les bibliothèques quil fréquentait, appelées «maisons de la sagesse» et les madrasas (de «ma», le lieu, et «DRS», racine du verbe étudier), tendant à former létudiant au Bien en lui transmettant les connaissances tenues pour vraies. |
Université de Cambridge (Royaume Uni)
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Au déclin de lEmpire romain correspondit lépanouissement du christianisme. Écoles de catéchumènes, puis, plus tard, écoles de catéchisme et écoles épiscopales diffusaient la connaissance des Écritures saintes. Lhéritage gréco-romain ne fut cependant pas rejeté puisque les enseignements laissaient toujours une large place aux arts libéraux : le trivium qui regroupait la grammaire, la rhétorique et la logique, et le quadrivium, larithmétique, la géométrie, lastronomie et la musique. Les pères de lÉglise, et en particulier saint Augustin et saint Jérôme, menèrent une réflexion sur les moyens de conserver lhéritage intellectuel de lAntiquité en ladaptant à la doctrine chrétienne. |
Durant le haut Moyen Âge, les musulmans et les juifs continuèrent à contribuer au développement de la culture, et, même sils se situaient en marge de la société chrétienne qui dominait en Europe, ils jouèrent un rôle essentiel dans la diffusion des uvres de la Grèce antique et dans la transmission des acquis culturels de lOrient.
Avec la Renaissance, on assista à un accroissement significatif de la part faite aux mathématiques et aux lettres classiques dans léducation des garçons, tandis que sintensifiait, sous leffet de lhumanisme, lintérêt porté aux uvres grecques et romaines, stimulé par la redécouverte des vieux manuscrits conservés dans les monastères et lapparition de la critique textuelle.
Expansion de lhumanisme
Lesprit qui prévalait dans lenseignement à lépoque de la Renaissance est parfaitement illustré par les écoles fondées par les éducateurs Vittorino da Feltre à Mantoue (1425) et Guarino Veronese, où les sciences, lhistoire, la géographie, la musique et même léducation physique avaient leur place. Ces innovations sinscrivaient parfaitement dans le courant de réflexions humanistes illustré aussi bien par Pic de La Mirandole que par Érasme et Montaigne qui, tous, accordaient à lHomme, à lobservation de la nature et à lexpérience une importance que lérudition des siècles précédents avait occultée. Les écoles de grammaire latine devinrent à cette époque des établissements secondaires.
Influence de la Réforme
Les Églises protestantes nées de la Réforme, dont Martin Luther prit linitiative au début du XVIe siècle, suscitèrent la création décoles où lon enseignait la lecture, larithmétique et le catéchisme au niveau élémentaire, les mathématiques, lhébreu (afin de permettre la lecture de lAncien Testament en langue originale) et les sciences, au niveau secondaire. Ce développement dune éducation populaire fut directement lié à la doctrine protestante qui insistait sur la piété personnelle. En Suisse, une autre branche du protestantisme fut fondée par Calvin, dont le collège établi à Genève en 1559 était un important centre denseignement.
Offensive de la Contre-Réforme
Les catholiques intégrèrent eux aussi les apports de la Renaissance en matière déducation, dans les écoles déjà existantes ou dans celles quils fondèrent en réaction à la montée du protestantisme, dans le cadre de la Contre-Réforme. Le fer de lance de cette politique fut la Compagnie de Jésus, fondée en 1540 par Ignace de Loyola; cette société religieuse dispensait dans ses propres collèges, qui, en 1640, comptaient 150 000 élèves, une éducation gratuite mais très sélective, qui privilégiait létude du latin et lesprit démulation.
Développement des sciences
Le XVIIe siècle fut marqué par de rapides progrès dans le domaine des sciences, souvent absent des universités, qui continuaient à privilégier les humanités classiques. En France, Colbert créa lAcadémie des sciences, lObservatoire de Paris et le Journal des savants, qui avaient pour vocation de favoriser la transmission des découvertes et des travaux scientifiques entre les différents pays dEurope. Cette évolution se traduisit par lentrée de nouveaux enseignements scientifiques dans les programmes détude, mais cette pénétration de lesprit et des connaissances scientifiques se heurta au conservatisme de certains établissements qui privilégiaient lhéritage des Anciens et notamment le latin. Lattitude des oratoriens et des jansénistes, qui introduisirent dans leurs écoles des matières «modernes» comme le français, lhistoire et la géographie, faisait plutôt figure dexception.
Les grands penseurs de cette époque, Descartes en France, Francis Bacon en Angleterre dénoncèrent la rigidité de léducation traditionnelle; pour y remédier, le premier proposa dinsister sur la logique comme principe fondamental de la pensée rationnelle, le second, de favoriser lapprentissage par induction. Pour sa part, John Locke recommanda un programme fondé sur lexamen de faits empiriques démontrables où lon insisterait sur les faits et les voyages plutôt que sur les livres.
En France, Jean-Baptiste de La Salle fonda la congrégation des Frères des écoles chrétiennes en 1688 et apparut comme un pionnier de léducation systématique des maîtres en créant des séminaires pour les enseignants, où ces derniers étaient eux-mêmes formés aux méthodes denseignement. Mais le plus grand éducateur du XVIIe siècle fut sans conteste Comenius, auteur dun manuel, la Porte ouverte sur les langues (1631), destiné à lenseignement du latin, qui fut diffusé dans toute lEurope.
Diffusion du modèle européen
À partir du XVIe siècle, certains traits du modèle éducatif européen commencèrent à se diffuser en Afrique, en Asie et en Amérique, principalement grâce à laction des religieux missionnaires. Alors que les Français étaient surtout présents au Canada, des établissements denseignement dirigés par des éducateurs espagnols et portugais souvrirent en Amérique centrale et en Amérique du Sud, et, un peu plus tard, des établissements denseignement supérieur furent créés, comme le séminaire de Québec, ancêtre de luniversité Laval, dont la fondation remonte à 1663.
Linfluence des Lumières
JeanJacques Rousseau
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Le XVIIIe siècle marqua un véritable tournant en matière de théories éducatives. Celles de John Locke inspirèrent à Rousseau une réflexion qui trouva son expression la plus achevée dans lÉmile (1762), qui sinscrit dans le mouvement de renouveau intellectuel propre au siècle des Lumières. |
À la fin des études primaires, lobtention du certificat détudes primaires, sanctionnant lacquisition des savoirs élémentaires (lecture, écriture, calcul, notions dhistoire et de géographie), marquait le passage à la vie active pour la plupart des enfants issus des classes populaires.
Lenseignement secondaire se développa surtout après 1879. Dispensé au sein des écoles primaires supérieures et des lycées, il comprenait trois branches : une branche déducation spéciale, conduisant au brevet, où lon enseignait les langues vivantes, les mathématiques et la législation commerciale, et un cycle commun de deux ans à lissue duquel un choix sopérait entre une section classique et une section moderne, sanctionnées toutes deux par le baccalauréat. La loi Sée (1880) institua un enseignement secondaire réservé aux filles et dont le programme était proche de celui de lenseignement spécial. Il était payant mais assorti de nombreuses bourses. La gratuité sétendit progressivement; Anatole de Monzie, ministre de lÉducation nationale, la généralisa en 1932.(Source : Encyclopédie Encarta Microsoft 1999)